dimanche 23 février 2014

Comment prononcer Timochenko ?

Les journalistes français ont bien du mal avec la prononciation des noms propres étrangers. On dirait que cela les indiffère totalement de massacrer leur prononciation. Laurent Delahousse, le présentateur de FR2, en a donné un bel exemple, en parlant tout au long du journal télévisé, de Ioulia… Ti-mo-tchen-ko…

Autrement dit, il a prononcé à l'anglaise un nom de famille ukrainien transcrit à la française. S'il avait fait un petit effort pour se renseigner sachant qu'il allait s'adresser à plusieurs millions de personnes, il aurait appris que le nom de l'égérie de la Révolution orange, qui s'écrit Тимошенко en ukrainien et en russe, se transcrit Timoshenko en anglais et Timochenko en français, avec un ch comme dans cheval. On doit donc dire Ti-mo-chen-ko, en transcription phonétique [timɔʃɛnko].

Il doit bien y avoir des gens qui connaissent l'ukrainien ou le russe quelque part dans l'immense Maison de Radio-France.

Mots-clés : français; ukrainien; prononciation; nom propre; Timochenko; Laurent Delahousse; FR2.

vendredi 21 février 2014

Cranberry ou canneberge ? : la réponse d'OceanSpray.

J'ai écrit à la société OceanSpray pour demander pourquoi elle commercialise le même fruit (Vaccinium macrocarpon) sous le nom français de canneberge au Canada et sous le nom anglais de cranberry en France. Voici la réponse, qui n'en est pas une, que j'ai reçue dans un français plus qu'approximatif (signature illisible)…

Ocean Spray Consumers Affair

21 Février 2014

Cher Monsieur Meney;

Merci d'avoir consacré votre temps à communiquer avec Ocean Spray concernant notre gamme de produits.

Merci de partager vos commentaires avec nous.

Les canneberges ne sont pas cultivées en France.

le nom canneberge n'est pas largement utilisé en France, c´est plutôt le nom cranberry qui est plus souvent utilisé pour dénommer les canneberges communes pour décrire nos baies acidulées et si délicieuses.

les canneberges sont cultivées Au Canada, dont ce mot «canneberge» est très utilisé.

Deux désignations pour la même baie.

Si nous pouvons être d'une aide supplémentaire,

s'il vous plaît ne pas hésiter à entrer en contact avec nous.

Le bon goût. D'un bon endroit.

Et de vos amis à Ocean Spray

# 8,775,385

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Mots-clés : français; français du Canada; français de France; marketing; double langage; anglicisme; canneberge; cranberry; OceanSpray.


jeudi 20 février 2014

Doit-on dire mettre à pied, congédier ou licencier ?

Dans les médias québécois, on observe une confusion fréquente entre les verbes « mettre à pied », « congédier » et « licencier », entre les noms « mise à pied », « congédiement » et « licenciement ». Dans la presse canadienne de langue française, « mise à pied » représente 43 % des occurrences contre 35 % pour « congédiement » et 22 % pour « licenciement ». Dans la presse francophone européenne, « licenciement » représente 96 % des occurrences, « mise à pied », 3 %, et « congédiement », 0,1 %.

Ces différences de fréquence s'expliquent par l'emploi souvent impropre de « mise à pied » et de « mettre à pied » dans les médias québécois.


Les verbes « congédier » et « licencier » ont en commun le sens de « renvoyer ou relever quelqu'un définitivement de son emploi ou de sa fonction ». Leur différence tient au fait que congédier a une signification plus large que licencier. Licencier quelqu'un, c'est renvoyer définitivement quelqu'un lié par un contrat de travail ou une convention collective. On peut congédier un ministre, pas le licencier...


On peut aussi employer le verbe « remercier » dans le sens de renvoyer, licencier quelqu'un. Dans ce cas, on emploie un euphémisme, c'est-à-dire un moyen atténué pour exprimer une notion qui pourrait être déplaisante…


Quant à « mettre à pied » – et c'est là que l'impropriété est fréquente –, ce verbe signifie « suspendre quelqu'un de son emploi pour une période déterminée ». On ne met pas à pied quelqu'un définitivement, on le renvoie, on le congédie, on le remercie, on le licencie.


On met à pied quelqu'un pour des raisons économiques (baisse de commandes, chômage technique, grève empêchant la production, catastrophe naturelle, faute professionnelle, accusation quelconque, etc.). Exemple :


« La Maison blanche a catégoriquement rejeté mardi le plan proposé par les Républicains pour rouvrir une partie de l'Administration américaine, contrainte de mettre à pied près d'un million de fonctionnaires » (Reuters, 2 octobre 2013).


Quant au verbe « clairer », il s'agit d'un anglicisme québécois familier, dont l'équivalent en français de référence est « virer », lui aussi familier. Ce qui donne sous forme de tableau  :



verbe
sens général
trait sémantique 1
trait sémantique 2
marque d'usage
congédier
renvoyer
définitivement

vieilli
remercier
renvoyer
définitivement

euphémisme
virer
renvoyer
définitivement

familier
licencier
renvoyer
définitivement
qqn lié par un contrat de travail
neutre
mettre à pied
suspendre
provisoirement
pour des raisons économiques, techniques ou personnelles
neutre


Mots-clés : français; français québécois; impropriété; anglicisme; mettre à pied; congédier; licencier; clairer.

lundi 17 février 2014

vendredi 14 février 2014

Doit-on dire soulier ou chaussure ?

Au Québec, on emploie plus fréquemment soulier qu'un France. Une étude sémantique publiée par Atlantico apporte des éléments de réponse.

mercredi 12 février 2014

Cranberry ou canneberge ? Le double langage d'OceanSpray.

Canneberges.
La coopérative agricole américaine OceanSpray, spécialisée dans la production de canneberges (Vaccinium macrocarpon), s'est lancée sur le marché français il y a relativement peu de temps. Il est intéressant d'observer le double langage utilisé par cette société pour vendre ses produits, selon qu'elle s'adresse à ses clients canadiens ou à ses clients français.


Considérant certainement que le terme anglais cranberry serait plus vendeur auprès des consommateurs français friands d'exotisme, elle commercialise en France tous ses produits sous le nom anglais.


Elle a même deux sites Internet différents, un « Global Site », qui héberge le site pour la France, et un site bilingue anglais-français à l'intention des seuls consommateurs canadiens. On ne risque pas de se tromper : This site is designed specifically for you, our Canadian consumer, est-il bien précisé. Pourquoi un site en français spécialement à l'intention des Canadiens ? Parce qu'au Canada, OceanSpray vend des canneberges, pas des cranberries, pardi !!!


Sur le site à l'intention des Français, on trouve une pub du plus grand comique, pub qui est passée régulièrement sur les télés en France. On y voit deux « producteurs de cranberries », en bottes hautes au milieu d'un champ de « cranberries ». Ces producteurs, au fort accent québécois, se présentent d'abord à leurs « cousins français » (beau cliché), puis ils annoncent fièrement : « Dans ces champs, on cultive des cranberrries ». Avez-vous déjà entendu des producteurs québécois dire qu'ils cultivent des « cranberries »?


La suite de la pub est aussi risible pour toute personne qui connaît en tant soit peu le français du Québec. Un des deux producteurs (de « cranberries ») déclare même que « c'est sympa [sic] aussi, d'en manger en fin de soirée » (toujours des cranberries). Visiblement les marketeurs d'OceanSpray (prononcé « ochéanne sprê » par une voix féminine française ainsi que par nos deux producteurs québécois (Avez-vous déjà entendu quelqu'un dire « ochéanne sprê » au Québec ?) ne connaissent pas bien les habitudes linguistiques des Québécois, producteurs de « cranberries » ou pas, c'est le moins qu'on puisse dire.


La simple honnêteté aurait voulu qu'ils disent au moins dans leur dialogue « la cranberry, qu'on appelle canneberge au Québec ». Mais voilà, patatras !, ça fichait en l'air leur plan com !!! Qui consiste à jouer sur la sympathie naturelle qu'inspirent les Québécois aux Français pour vendre leur produit… sous un nom anglais que les Québécois n'emploient pas.


Sur le site français, on explique même que la « cranberry » a connu plusieurs noms dans l'histoire. Tous y passent, les Amérindiens, les Néerlandais, les Allemands… : « La cranberry […] est connue sous différentes appellations. Les Indiens de l'Est la désignaient sous le nom de "sassamanesh", tandis que les Pequots de Cape Cod et les tribus Leni-Lenape du South Jersey l’appelaient "ibimi" ou "baie amère" et les Algonquins du Wisconsin "atoqua" ». Mais ce ne fut que lorsque les colons néerlandais et allemands la baptisèrent "crane berry" - car la fleur de la cranberry ressemble à la tête et au bec d'une grue ("crane" en anglais) - que le fruit obtint le nom qu'on lui connaît aujourd’hui : "cranberry" ». [source : site OceanSpray pour la France].


Pas un mot des Français ni des Canadiens français ni des termes qu'ils emploient. Et qu'on ne nous objecte pas qu'il n'y avait pas de nom français pour désigner ce petit fruit, au demeurant délicieux. « Après avoir fait un repas de racines de canneberges, la voyageuse reprit sa route ». C'est Chateaubriand qui a écrit cela dans les Natchez, dont la scène se passe en Amérique, en 1801, soit 130 ans avant la création d'OceanSpray…


Si voulez écrire à OceanSpray pour leur dire ce que vous pensez de leur manière de traiter leurs clients francophones et leur langue, voici l'adresse : info(at)oceansprayinfo.co.uk.

Voir la réponse d'OceanSpray dans mon autre billet sur le sujet.



Mots-clés : français; français du Canada; français de France; marketing; double langage; anglicisme; canneberge; cranberry; OceanSpray.